Mardi 10 octobre.
Pour cette première journée de terrain, direction la plage de N’gouja et ses tortues !

Page Web_MayBest_N'Gouja et ses tortues_AM_N'Gouja via Google Maps

Située au Sud-Ouest de Mayotte, la plage de N’gouja est réputée pour ses herbiers et les nombreuses tortues, vertes ou imbriquées, qui viennent s’y alimenter et pondre tout au long de l’année. Avec ses 700 mètres de longueur, cette plage présente la caractéristique d’avoir un tombant plongeant jusqu’à 15 mètres de profondeur, à environ 200 mètres de la plage, le rendant accessible à pied à marée basse et en palmes-masque-tuba (PMT) à marée haute. Sur les herbiers, la profondeur maximale est de 4 mètres à marée haute, mais ne dépasse pas les 20 centimètres par endroits à marée basse, ce qui rend la mise en place de certains protocoles scientifiques délicats.

Ce jour-ci et tout au long de la semaine, un groupe d’étudiants du Centre Universitaire de Formation et de Recherche de Mayotte se sont joints à nous pour participer aux différentes manipulations. Plusieurs protocoles ont été appliqués pour étudier les tortues ainsi que leur habitat, les herbiers, sur le site de N’gouja, que nous vous détaillons ci-dessous.

Étudier les tortues

Afin d’étudier les tortues dans leur environnement naturel, deux protocoles ont été mis en place :

  • Éthogramme sur une tortue

Analyser le comportement d’un animal correspond à réaliser une focale ou un éthogramme. Il s’agit de relever les durées des différentes activités d’un animal pendant un temps donné, en se basant sur l’observation. Dans notre cas, nous devions réaliser une focale de 30 minutes sur une tortue, et ce pour chaque binôme ou trinôme. Avant de commencer, le plus compliqué était de trouver une tortue dont le comportement n’était pas influencé par notre présence, c’est-à-dire une tortue qui ne fuyait pas !

Une fois la tortue trouvée, son espèce ainsi que sa classe de taille ont été déterminées : il pouvait s’agir soit d’une tortue verte, soit d’une tortue imbriquée, et trois classes de taille ont été considérées (inférieure à 50 centimètres, entre 50 et 100 centimètres, et supérieure à 100 centimètres). Quand cela était possible, l’individu choisi a été sexé et la présence d’une bague ou d’un quelconque marquage a été relevée.

Pour réaliser l’éthogramme, plusieurs comportement ont été notés, comme le temps d’alimentation (ou le temps passé sur le fond), avec le nombre de coups de bec donnés, le temps de la remontée, le temps passé en surface, avec le nombre de respirations associé, et enfin, le temps de la descente. Les tortues vertes étant très voraces, plus de 300 coups de bec peuvent être dénombrés pendant une seule phase d’alimentation !

  • « Transect tortue »

Afin d’estimer le nombre de tortues sur la plage de N’gouja, un parcours a été défini à l’aide de points GPS et a été réalisé en PMT par trois groupes d’étudiants. À chaque rencontre avec une tortue, son espèce, son sexe, sa taille et la présence d’une bague ont été relevées, lorsque cela était possible.

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« Transect tortue » : un parcours aléatoire de 2 kilomètres dans les herbiers de N’gouja

Pour la petite histoire, ce transect faisait près de 2 kilomètres de longueur et prenait plus d’une heure à être réalisé : les BEST se sont fait les cuisses, avec tout ces coups de palme !

Étudier les herbiers

Afin d’étudier les herbiers marins, qui constituent un habitat et une zone de nourrissage pour les tortues, deux protocoles ont également été mis en place :

  • « Transect herbier »

Différent du « transect tortue » dans sa mise en œuvre, le « transect herbier » permet de déterminer les différentes catégories de substrat sur une longueur donnée, et donne ainsi le taux de recouvrement en phanérogames marines, les plantes qui constituent les herbiers.

Ici, dix transects ont été tirés perpendiculairement à la plage et espacés de 70 mètres chacun. Deux catégories de recouvrement ont été choisies : le substrat (soit les surfaces sans herbiers) et les herbiers en eux-mêmes. Selon la morphologie de la zone, les herbiers pouvaient s’étendre jusqu’à quelques mètres au bord du tombant. La richesse spécifique, c’est-à-dire le nombre d’espèces, en phanérogames marines a été relevée sur chaque transect.

Page Web_MayBest_N'Gouja et ses tortues_AM_Transect herbier

« Transects herbiers » : 10 transects géants pour caractériser le recouvrement en herbiers

Pour réaliser ce transect, nous nous sommes basés sur la méthode du Line Intercept Transect, ou LIT, couramment utilisé pour caractériser le benthos, soit ce qu’il y a sur le fond. Dans la méthode LIT, la longueur de chaque catégorie qui croise la ligne du transect est notée.

  • Quadrats dans les herbiers

Dernière manipulation de la journée, les quadrats ! Sur la zone de l’herbier de N’gouja, 24 quadrats de 20 x 20 centimètres ont été placés à l’aide de points GPS aléatoires et ont été prélevés pour une étude en laboratoire.

Après tamisage du substrat meuble, l’essentiel de la matière organique contenue dans chaque quadrat a été récupéré afin de déterminer la diversité spécifique, la longueur des feuilles et les biomasses hypogée (dans le sol) et épigée (hors sol) des phanérogames marines.

Comme quoi, les études écologiques ne sont pas de tout repos ! La journée n’est jamais vraiment finie, et les données relevées doivent être correctement notées pour être exploitables d’un point de vue scientifique. La rigueur doit être le maître mot !

Un article d’Alexandre Modi